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L'incroyable blizzard de début janvier 1979 dans la Beauce

Tempête de neige et blizzard des 4 et 5 janvier 1979 dans la Beauce, vers Pithiviers - photo colorisée - Meteo-villes

 

Début janvier 1979, un violent blizzard frappe la Beauce et une partie de l’Ile-de-France, provoquant l’un des épisodes hivernaux les plus marquants du XXᵉ siècle dans cette grande plaine agricole du centre de la France. Les journaux nationaux et régionaux relatent alors une situation devenue rapidement critique.

 

 

Le froid résiste après l'incroyable refroidissement de la Saint-Sylvestre 1978

 

Après l’impressionnante invasion polaire de la nuit de la Saint-Sylvestre 1978 où la température chute de 20 °C en seulement 24 heures sur la moitié nord de la France, l’air glacial venu de Scandinavie s’installe durablement sur le pays au début du mois de janvier 1979 et ne laisse aucun répit.


Dans la soirée du 3 janvier 1979, tandis que le froid intense recouvre encore une grande partie du territoire, une perturbation atlantique atteint les régions de l’Ouest. Dès son arrivée sur la façade atlantique, la neige tombe, mais la perturbation se heurte à l’air glacial qui résiste plus au nord et à l’est.

 

Situation météo de la nuit du 4 au 5 janvier 1979, METEO-VILLES

 

 

Un incroyable blizzard pendant deux jours consécutifs !

 

Elle s’immobilise pendant près de quarante-huit heures entre la Normandie, le Bassin parisien, le Centre et la Bourgogne. La Beauce se retrouve au cœur de cet affrontement météorologique : la neige tombe en abondance, un vent glacial souffle avec violence et soulève la poudreuse, créant une véritable poudrerie digne des grandes plaines américaines.

 

5 janvier 1979 : La population est les militaires tente de dégager un tracteur dans les plaines de la Beauce en plein blizzard - photo colorisée - Le Pli d'Etampes 

 

La presse parle alors de « blizzard », un terme rare sous ces latitudes, mais qui s’impose tant la visibilité devient quasi nulle et la force du vent extrême. En quelques heures, de nombreux axes routiers disparaissent sous la neige et se retrouvent totalement bloqués. Des automobilistes restent prisonniers de leur véhicule, parfois toute une nuit, tandis que les engins de déneigement se révèlent impuissants face à des congères qui dépassent par endroits deux mètres de hauteur.

Les journaux décrivent des routes « effacées du paysage », confondues avec les champs environnants. Les villages de la Beauce se retrouvent isolés, coupés du monde. Les livraisons de pain, de carburant et de lait s’interrompent, plongeant les habitants dans une situation délicate. Dans les exploitations agricoles, fortement dépendantes des déplacements quotidiens, il faut improviser pour nourrir le bétail malgré un gel intense qui ne faiblit pas. Les lignes électriques et téléphoniques tombent régulièrement en panne, accentuant encore l’isolement de nombreuses communes.

 

Photographiés de la cabine d'un hélicoptère, venu leur porter secours, ces poids-lourds sont bloqués dans l'immensité blanche de la RN 10 non loin de Rambouillet. Des villages sont coupés du monde dans le nord de la Beauce, des routes sont bloquées, des automobilistes, prisonniers de leur véhicule attendent durant des heures dans l'angoisse que l'on vienne les libérer. D'autres préférant chercher le salut dans la marche, ne sachant pas qu'ils allaient au devant de la mort ! Congestion, asphyxie, incendie : les victimes se comptent par dizaines… Le manque criant de chasses-neige obligent des hélicoptères et des chars de l'armée à intervenir, mais n'évite pas des drames... Illustration issue de l'ouvrage "Quel temps".

 

 

L'armée doit même intervenir !


La presse relaie largement la mobilisation des pouvoirs publics. Armée, gendarmerie, services départementaux et agriculteurs unissent leurs efforts pour dégager les axes prioritaires et secourir les personnes bloquées. Le nombre de victimes se compte par dizaines. Des salles communales ouvrent leurs portes pour accueillir les automobilistes évacués, et l’on distribue des boissons chaudes afin d’apporter un peu de réconfort au cœur de la tempête.

 

Les chars de la gendarmerie interviennent dans plusieurs secteurs pour déblayer les routes et les automobiles bloquées. Illustration issue de l'ouvrage "Quel temps".

 

 

Jusqu'à 80 cm de neige en moyenne à Pithiviers !

 

Au fil des jours, les journaux dressent le bilan d’un épisode exceptionnel par son intensité et sa durée. Le blizzard de janvier 1979 s’inscrit durablement dans la mémoire collective de la Beauce et de l’Île-de-France comme l’événement qui paralyse totalement la « plaine des céréales ». Les épaisseurs de neige atteignent des niveaux remarquables : 80 cm vers Pithiviers, 50 cm à Rambouillet, et entre 30 et 50 cm sur une grande partie des Yvelines, de l’Essonne et du sud de la Seine-et-Marne.

Le 6 janvier, le calme revient enfin, mais le froid se durcit brutalement : le thermomètre plonge à –19 °C à Caen. Le lendemain, le 7 janvier 1979, on relève –16 °C à Chartres, –14 °C à Orléans et –13 °C à Paris-Montsouris. Après un bref répit marqué par un temps légèrement plus doux mêlant pluie et neige, le froid reprend de plus belle jusqu’au 18 janvier. L’épaisseur exceptionnelle du manteau neigeux entre la Normandie, le Centre, l’Île-de-France et la Bourgogne maintient les sols enneigés pendant près de trois semaines consécutives dans certains secteurs, paralysant durablement la vie quotidienne.

 

80 cm de neige dans la région de Pithiviers ! Le 5 janvier 1979 - Crédit meteo-villes.com

 

 

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Auteur : Guillaume Séchet

Photo de Guillaume SECHETHistoire du site Météo Grenoble