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Sommes-nous en train de vivre un emballement climatique ?

mercredi 16 septembre 2020

La France subit des vagues de chaleur de plus en plus précoces et de plus en plus tardives ainsi qu'une multiplication des sécheresses. Un constat valable dans de nombreuses zones du globe. Le climat mondial est-il en train de s'emballer ?

 

Des chiffres dans le rouge à échelle mondiale

 

Si la vague de chaleur actuelle en France est inédite, ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan. Partout à travers le monde, les effets du réchauffement sont particulièrement visibles en cette année 2020.

 

Anomalies thermiques mensuelles en France de mai 2019 à août 2020 - via Météo France

 

En France, nous sommes sur une série inédite de 15 mois consécutifs plus chauds que la normale sur la période allant de juin 2019 à août 2020 ! L'ancien record était de 10 mois consécutifs au dessus de la norme, preuve du caractère remarquable de cette série. De plus, il ne fait désormais plus aucun doute que ce mois de septembre 2020 sera plus chaud que la norme, étendant cette série record à 16 mois !

 

Anomalies climatiques significatives dans le monde en août 2020 - via NOAA

 

Prenons un peu de recul pour une vision planétaire. Il est simple de résumer le mois d'août 2020 : les anomalies chaudes ont fait l'actualité aux quatre coins du monde ! La NOAA dresse un bilan alarmant, témoignant du mois d'août le plus chaud jamais observé en Amérique du Nord ainsi qu'à Hong Kong. L'Europe a vécu son 3ème mois d'août le plus chaud et août 2020 se classe en 4ème position en Amérique du Sud ainsi qu'en Nouvelle-Zélande.

 

En Arctique, la supercifie de la banquise était 29,4% sous la normale 1981-2010, soit la troisième surface la plus faible depuis le début des mesures. La seule bonne nouvelle nous vient de l'Antarctique où la superficie de la banquise était à peu près conforme à la normale.

 

Anomalies thermiques mondiales de juin à août 2020 - via NOAA

 

En considérant l'été météorologique 2020, les anomalies se révèlent encore plus impressionnantes. Le trimestre juin-juillet-août 2020 est devenu le plus chaud jamais observé sur l'ensemble de l'hémisphère nord avec une anomalie globale de +1,17°C à la surface des terres et des océans ! À échelle planétaire, ce trimestre fut le 3ème plus chaud jamais observé.

 

Anomalies thermiques mondiales de janvier à août 2020 - via NOAA

 

En remontant jusqu'au début de l'année 2020, soit sur les deux premiers tiers de l'année, la NOAA constate une anomalie à échelle planétaire de +1,03°C. Pour l'instant, 2020 est la deuxième année la plus chaude sur Terre depuis le début des relevés il y a 141 ans ! Elle pourrait même devenir la plus chaude de l'ère moderne si les 4 derniers mois de l'année venaient à connaître des anomalies importantes car la valeur actuelle n'est qu'à 0,05°C de l'anomalie record de l'année 2016 (+1,08°C) !

 

En ne prenant en compte que l'hémisphère nord, cette année 2020 est pour l'instant la plus chaude jamais observée depuis 1880 avec une anomalie semblable à celle observée au cours de l'année 2016 (actuelle détentrice du record). Il faut dire que l'anomalie russe tire fortement la moyenne vers le haut. En Sibérie, l'anomalie de janvier à août 2020 atteint parfois plus de 5 degrés, des niveaux exceptionnels !

 

Écart thermique à la normale du 20ème siècle de 1880 à 2019 - via NOAA

 

On constate ces dernières années une accélération du réchauffement climatique à échelle mondiale. Le constat est simple : les 5 années les plus chaudes depuis le début des relevés en 1880 sont les 5 dernières ! L'année 2020 va sans l'ombre d'un doute rejoindre cette série et se trouve même encore en lice pour détrôner 2016 et son anomalie record. Les 6 années les plus chaudes de l'ère moderne auront donc eu lieu sur les 6 dernières années...

 

 

Conséquences visibles dans le monde entier

 

Aux quatre coins du monde, les anomalies chaudes ont eu raison de nombreux records depuis le début de l'année 2020 avec des conséquences parfois dramatiques dans certaines régions.

 

Températures en après-midi du mardi 15 septembre 2020 - via infoclimat.fr

 

La vague de chaleur qui touche l'ouest de l'Europe en cette mi-septembre est sans doute l'un des révélateurs les plus frappants du réchauffement climatique. Ce mardi 15 septembre, la barre des 35°C a été atteinte pour la première fois en septembre en Belgique (35,4°C à Charleroi) ainsi que dans le sud des Pays-Bas (35,1°C à Gilze-Rijen) mais aussi sur l'extrême nord de la France avec des maximales de 35,1°C à Lille et 35,5°C à Roubaix !

 

L'exemple de Lille est éloquent. La ville a enregistré 35,1°C ce 15 septembre alors que ce seuil n'avait encore jamais été atteint après le 25 août (soit 3 semaines plus tard) ! Le mois dernier, on se souvient que le Nord avait subi sa plus forte canicule jamais observée (alerte rouge). Par ailleurs, on peut souligner que Lille n'avait jamais enregistré plus de 36,6°C jusqu'en 2017. On y a ensuite relevé 37,6°C en 2018, 41,5°C en 2019 et 38,2°C en 2020 !

 

Des sapins meurent dans les forêts des Vosges à cause de la sécheresse - via JT de TF1

 

Outre l'allongement et l'intensification de la saison chaude, on constate aussi une récurrence des épisodes de sécheresse en France depuis plusieurs années. Par conséquent, de nombreuses forêts souffrent des températures trop élevées et du cruel manque d'eau. Ce sont des milliers d'arbres qui meurent chaque été, comme les sapins et les épicéas dans les Vosges.

 

Le bois mort de ces arbres ne sert ensuite plus qu'à produire du combustible et représente une véritable menace en cas de départ de feux. Les projections s'attendent à une véritable transformation de la flore française au cours des prochaines décennies avec la disparition d'espèces pourtant ancrées sur des territoires depuis des siècles...

 

Chaleur caniculaire au nord du cercle arctique le 20 juin 2020 - via Ogimet

 

Comme nous l'avons constaté plus haut, la zone du globe qui surchauffe le plus est de loin la Sibérie. Depuis le début de l'année 2020, les anomalies thermiques y sont effrayantes et plusieurs épisodes de chaleur caniculaire sont survenus durant la saison estivale.

 

La ville de Verkhoyansk en Sibérie orientale avait enregistré une température exceptionnelle de +38,0°C le samedi 20 juin 2020 dernier. Cette valeur exceptionnellement chaude a été relevée à 67,55°N, soit au nord du cercle polaire Arctique !

 

Les incendies en Sibérie ont brulé des millions d'hectares cette année - photo Greenpeace

 

Comme en France, les températures anormalement chaudes sont associées à un cruel manque de précipitations en Sibérie où la récurrence des anticyclones polaires a de quoi inquiéter. Les incendies ont une nouvelle fois été dramatiques cette année, particulièrement durant la fin du printemps et la première moitié de l'été. À la fin du mois de juillet, un premier bilan rapportait déjà plus de 10 millions d'hectares partis en fumée sur la seule année 2020 ! Les autorités russes semblent impuissantes face à ces incendies dévastateurs...

 

L'activité cyclonique particulièrement importante sur l'Atlantique le 16 septembre 2020 - via NHC

 

Au terme de l'été météorologique le plus chaud jamais observé dans l'hémisphère nord, il n'est pas étonnant de constater une activité cyclonique particulièrement importante en cette mi-septembre. Ce 16 septembre 2020, pas moins de 7 systèmes étaient suivis sur l'Atlantique ! On comptait 3 ouragans (Paulette, Sally & Teddy), 1 tempêtes tropicales (Vicky) ainsi que 3 perturbations sous surveillance, dont une qui devrait évoluer rapidement en tempête tropicale dans l'est du bassin atlantique.

 

La liste de noms accordés aux ouragans et aux tempêtes tropicales (attribués par ordre alphabétique) est déjà presque épuisée alors que la saison cyclonique est encore loin d'être terminée ! Dans l'Atlantique, les mois d'octobre et de novembre sont généralement actifs.

 

Record de températures dans la Vallée de la Mort le 16 août 2020 - via NOAA

 

Le dimanche 16 août 2020, un nouveau record de chaleur (fiable) a été établi sur Terre avec une valeur maximale de 130°F à Furnace Creek dans la Vallée de la Mort en Californie, soit 54,4°C ! Elle détrône l'ancien record de 53,9°C datant du 1er juillet 2013 sur la même localité.

 

Fumée des incendies et ciel apocalyptique en plein jour à San Francisco le 9 août 2020 - REUTERS

 

Conséquence directe des très fortes chaleurs mais aussi de l'importante sécheresse, la saison des incendies est dévastatrice cette année dans l'ouest des États-Unis. Plus de 2 millions d'hectares ont déjà brûlés dans le seul état de Californie, battant tous les records historiques. En cette mi-septembre, de nombreux foyers sont toujours incontrôlables.

 

Le 9 août dernier, San Francisco s'était retrouvée sous une épaisse couche de fumée causée par les incendies, à tel point que le jour ne s'était pas vraiment levé. Le ciel avait alors pris une teinte orangée et les lumières de la ville avaient dû rester allumées toute la journée, offrant une ambiance tout droit sortie d'un film apocalyptique ! Depuis des semaines, l'air est excessivement pollué dans tout l'ouest des États-Unis, une véritable catastrophe environnementale et sanitaire...

 

Canicule record au Japon le 17 août 2020 - via JMA

 

Comme un peu partout dans le monde, le Japon n'a pas échappé à la chaleur record au cours de cet été 2020. À la mi-août, une canicule d'intensité historique a frappé le pays du soleil levant. La température maximale de 41,1°C enregistrée le 17 août à Hamamatsu constitue un record absolu. Plus récemment encore, on a relevé 40,4°C à Sanjo le 3 septembre. Ce fut la première fois que le seuil des 40°C était atteint au Japon au mois de septembre !

 

Les événements cités dans cet article ne représentent qu'une liste non-exhaustive. S'il faudra davantage de recul pour affirmer qu'un emballement climatique est en cours (il est préférable de juger sur plusieurs décennies que sur quelques années), il n'est pas possible de nier la présence de nombreux facteurs alarmants à travers le monde...